Méduse, ou l’art de reprendre son image
- Véra Cavaciuti

- il y a 3 heures
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Parmi toutes les figures mythologiques qui traversent mon travail, Méduse occupe une place particulière.
Dans les récits anciens, elle est souvent montrée comme un monstre. Une créature à la chevelure de serpents, dont le regard pétrifie ceux qui la croisent. On l’a beaucoup représentée comme une menace, une punition, une image de peur.
Mais lorsque l’on regarde Méduse autrement, quelque chose change.
On ne voit plus seulement le monstre.On voit la femme derrière le mythe.
Une femme transformée par une violence. Une femme dont l’image a été confisquée. Une femme rendue terrifiante parce que son histoire dérangeait. Une femme que les récits ont condamnée à être regardée comme un danger.
Ce qui m’intéresse, dans Méduse, ce n’est pas la monstruosité.C’est la réappropriation.
Dans mon travail, Méduse devient une figure de souveraineté. Elle ne baisse plus les yeux. Elle ne demande pas à être adoucie. Elle ne cherche pas à redevenir acceptable. Elle existe dans toute sa puissance, avec ses serpents, ses ombres, sa beauté dure, son silence, sa colère possible.
Elle incarne cette part du féminin que l’on a longtemps voulu contrôler : le regard, la colère, la sensualité, la liberté, la capacité à dire non.
Photographier Méduse, ce n’est pas créer une image décorative. C’est interroger ce que l’on fait aux femmes quand elles cessent d’être dociles. Ce que l’on raconte d’elles quand elles reprennent leur place. Ce que l’on appelle “monstrueux” lorsque cela devient simplement trop libre, trop fort, trop visible.
La chevelure de serpents devient alors un langage.Non plus une malédiction, mais une couronne.
Le regard ne pétrifie plus.Il affirme.
Dans cette figure, je retrouve beaucoup de ce qui traverse mes séries : la transformation, la blessure, la puissance retrouvée, le corps qui porte une histoire, l’image que l’on reprend enfin à ceux qui l’avaient imposée.
Méduse me touche parce qu’elle parle d’une violence ancienne, mais aussi d’une force contemporaine.
Elle dit : je ne suis pas ce que vous avez raconté de moi.Elle dit : je reprends mon visage.Elle dit : je regarde à mon tour.
Et c’est peut-être cela, au fond, que je cherche dans mes portraits d’art : créer des images où les femmes ne sont plus seulement vues, mais pleinement présentes.

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